Le Royaume-Uni cherche à moderniser son marché de l'or, l'un des plus anciens de Londres, en l'intégrant dans une infrastructure financière numérique émergente. La Financial Conduct Authority (FCA) explore l'élaboration de règles spécifiques pour l'or tokenisé. Ces nouvelles régulations visent à rendre le vaste marché de l'or britannique plus accessible dans le contexte des marchés digitaux.
La FCA réévalue la régulation de l'or numérique
Au cœur de cette démarche se trouve une question cruciale : lorsque l'or est représenté par un token numérique, doit-il être soumis automatiquement aux mêmes régulations qu'un fonds d'investissement ? La FCA envisage un régime distinct qui pourrait exonérer certains produits d'or tokenisé des règles en vigueur sur les schémas d'investissement collectif et les fonds d'investissement alternatifs.
Cette réflexion s'effectue parallèlement à celle du HM Treasury et de la Banque d'Angleterre, sans qu'aucun modèle réglementaire définitif n'ait encore été arrêté. Cette distinction pourrait influencer le potentiel que l'or tokenisé pourrait finalement atteindre.
Les règlements existants sur les fonds visent des structures où les investisseurs mettent en commun des capitaux pour une gestion collective. En revanche, un token représentant des droits sur l'or physique peut remplir une fonction économique différente. En fonction de sa conception, il pourrait agir principalement comme une représentation numérique transférable d'un actif sous-jacent.
Pourquoi la tokenisation de l'or est-elle nécessaire ?
Il est important de préciser que la valeur de l'or ne dépend pas de la technologie blockchain. La tokenisation a pour but de faciliter le partage, le transfert et l'intégration des droits économiques associés à l'or dans une infrastructure financière numérique.
Les avantages potentiels de cette transformation varient selon l'utilisateur :
Il est crucial de comprendre que la tokenisation ne renforce pas intrinsèquement l'or lui-même. Son objectif est d'améliorer l'écosystème qui l'entoure. C'est pourquoi la FCA examine non seulement si les investisseurs peuvent simplement acheter ou vendre un token d'or. La consultation initiée le 14 septembre questionne spécifiquement les implications de la tokenisation sur la transférabilité, le gage et la garde de l'or, tout en se préoccupant de la protection des consommateurs et de l'intégrité du marché.
Londres, un acteur clé dans le marché de l'or
Le Royaume-Uni a une raison unique de commencer par l'or : Londres gère déjà environ 70 % du commerce mondial de l'or. Cela confère à cette stratégie une logique économique différente de celle de la création d'un marché tokenisé entièrement nouveau.
La capitale britannique dispose d'une infrastructure de stockage, d'institutions financières et d'un écosystème commercial international bien établi. L'opportunité réside dans sa capacité à rendre ce marché existant compatible avec l'infrastructure que les décideurs espèrent voir occuper une place plus importante dans le financement de gros.
C'est également pour cette raison que la proposition est cruciale dans un contexte concurrentiel. Si les marchés financiers adoptent de plus en plus des titres et de la monnaie tokenisés, dominer un actif traditionnel ne garantit pas automatiquement la suprématie dans sa représentation numérique. La juridiction mise en place pour établir des règles viables autour de l'émission, de la propriété, de la garde et du règlement pourrait attirer l'infrastructure nécessaire autour de ces actifs.
Un test pour la stratégie numérique du Royaume-Uni
La volonté de tokeniser l'or s'inscrit donc dans une logique défensive. Elle offre un moyen de maintenir l'avantage existant de Londres face à une structure de marché qui pourrait évoluer de manière significative dans les années à venir.
Les travaux de la Banque d'Angleterre révèlent que les ambitions du Royaume-Uni vont au-delà de la simplification des transactions d'actifs. Sa stratégie de marché numérique dévoilée en mai indique que la Banque travaille à permettre des équivalents tokenisés d'actifs déjà éligibles en tant que garantie auprès de contreparties centrales et dans ses propres opérations.
Cette distinction entre la tokenisation comme produit et comme infrastructure est essentielle. Créer un token d'or numérique offre une nouvelle représentation de l'or aux investisseurs. En revanche, rendre des actifs tokenisés appropriés exploitables dans les processus des marchés financiers leur confère un rôle opérationnel.
Pour Londres, cette possibilité prend toute son importance, car elle ne débute pas avec un actif réel obscur et ne cherche pas à créer de la liquidité autour. Elle commence avec l'un des marchés aurifères les plus développés au monde et analyse comment les infrastructures numériques pourraient rendre ce marché davantage utile.
Les principaux obstacles qui se dressent sont donc davantage d'ordre légal que technologique. Un token numérique peut se déplacer avec rapidité, mais cela n'a guère d'utilité si la propriété de l'or sous-jacent devient incertaine lorsque l'éditeur, le dépositaire ou un intermédiaire rencontre des difficultés financières.
Un cadre britannique crédible devra ainsi fournir une clarté concernant la propriété légale, la garde, la séparation, le rachat et le traitement des situations d'insolvabilité. Les investisseurs doivent savoir si un token représente une propriété directe, une autre forme de droit de propriété ou une réclamation contractuelle contre un émetteur. Ils doivent aussi avoir l'assurance que la quantité d'or représentée par des tokens existe et que ces réclamations restent exécutables en cas de défaillance.
Le défi réglementaire et l'avenir de l'or tokenisé
Ces interrogations expliquent pourquoi le potentiel régime sur mesure de la FCA est plus crucial que la technologie elle-même. La classification réglementaire déterminera si l'or tokenisé pourra se développer en tant qu'infrastructure financière utilisable, sans sacrifier les protections associées à l'actif sous-jacent.
Le Royaume-Uni ne développe pas l'or tokenisé en vase clos. La stratégie numérique de gros de la FCA et de la Banque d'Angleterre explore déjà un système financier où titres, fonds et monnaies tokenisés peuvent interagir via de nouvelles infrastructures de marché.
Le secteur des valeurs numériques britannique, illustré par le Digital Securities Sandbox, s'inscrit dans cette transition, les régulateurs collaborant avec des entreprises sur des émissions numériques, du trading et des règlements. L'or représente ainsi un cas de test particulièrement précieux pour le Royaume-Uni, car Londres bénéficie déjà d'une position de force mondiale.
Le succès ne devrait donc pas se mesurer que par le nombre de tokens d'or créés. Les indicateurs les plus importants seront plutôt la volonté d'institutions d'utiliser ces actifs numériques, la pérennité de la propriété légale lors de cette transition, et l'interopérabilité du bullion tokenisé avec l'infrastructure financière numérique plus large que le Royaume-Uni est en train de bâtir.
La consultation de la FCA n'est que le début d'un processus réglementaire. Le véritable enjeu stratégique réside dans la garantie que si la finance mondiale se tourne de plus en plus vers des solutions tokenisées, la domination actuelle de Londres dans le secteur de l'or ne reste pas figée dans l'architecture de marché d'hier.